Il y a un an jour pour jour, Sidi Bouzid était à l’honneur pour la première fois depuis très longtemps. L’heure était à la fête. La veille au soir, le 16 décembre 2011, un drapeau géant, long de 25 mètres, était déployé le long de l’avenue qui porte désormais le nom de celui qui fut l’étincèle qui enflammera tout le pays en moins d’un mois. Des feux d’artifice inauguraient à minuit le lancement des festivités. Toute la classe politique avait fait le déplacement suivie d’une cohorte de journalistes venus des quatre coins du monde.
La liesse et la fierté se lisaient sur chaque visage de Bouzidis, que dis-je ? de Tunisiens. Car tout le monde était Tunisien à ce moment précis. L’euphorie collective était soutenue par l’espoir d’un changement. Une amélioration du quotidien des habitants du sud, qui ont porté la révolution dès les premières heures. Que s’est-il passé depuis ? Rien. Pour beaucoup de Tunisiens, et particulièrement ceux du sud, rien n’a changé. Le quotidien est le même, toujours aussi difficile. Il est même devenu pire à en croire le discours de beaucoup. Le pessimisme a remplacé l’espoir. « Une révolution ? Quelle révolution ? Pour moi, il n’y a rien eu. Les Bouzidis sont laissés à l’abandon » raconte un habitant en colère. Et ils sont très nombreux à être en colère, à se sentir laissés pour compte.
Dès son arrivée sur l’estrade, ce 17 décembre 2012, le président provisoire, Moncef Marzouki, fait face à une foule qui ne cache pas sa désapprobation quant à un gouvernement, démocratiquement élu mais qui n’est pas passée à l’action. Le discours inaudible du raïs (car les haut-parleurs ne semblaient pas fonctionner) a rapidement été écourté par des slogans critiques émanant de l’assemblée : « Choghel, horia, karama ! Dégage, raïs, dégage houkouma ! ». Suivi de jets de pierres mais qui ne causeront pas de réels dégâts si ce n’est de provoquer le départ précipité de Moncef Marzouki. Venu en hélicoptère, il repartira moins d’une heure après. Tout juste aura-t-il le temps de parler aux journalistes, de saluer le comité d’accueil bouzidi, retranché dans le gouvernorat.
Avant Sidi Bouzid, la délégation présidentielle a marqué un arrêt à Lessouda, petite ville située à 5 km de Sidi Bouzid, où a été inhumé Mohamed Bouazizi. « Il est resté moins d’une heure, il a parlé aux habitants ».
Aujourd’hui, l’heure semble être au règlement de compte : « Jbali n’est pas venu car il savait ce qui allait se passer », confie un blogueur.
Je retrouve Chaker Hajbi, en fin de matinée. Il a l’air dépité : « C’est une catastrophe. Surtout les jets de pierres. Cela donne une mauvaise image de la ville. Le discours de Ben Jaafar a été sifflé, c’est là que les pierres ont commencé à être lancées ». Amer constat d’une situation qui tourne mal. Une partie des festivités a été annulée. Une exposition photo rassemblant le travail d’artistes de plusieurs pays n’a pas eu lieu.
Qu’en sera-t-il à Kasserine et Thala, les villes martyres ? Et à Tunis, la capitale ?

rjab oussama says:
Bravo !!!